Mise à nu : une exploration de l’histoire matérielle de la peinture

Au McMaster Museum of Art (MMA), nous considérons que nos collègues qui œuvrent dans les musées et nos pairs de l’Université McMaster ne sont pas les seuls à vouloir « déstabiliser » le musée en ce vingt et unième siècle; c’est aussi ce que souhaite le public qui franchit nos portes et qui communique avec nous dans les médias sociaux. Les publications récentes, telles que The Social Work of Museums (Silverman, 2010), Imagining Resistance: Visual Culture & Activism in Canada (Cronin & Robertson, 2011), Museums and Higher Education Working Together (Boddington et coll., 2013), Democratising the Museum (Runnel, 2014) et Complex Social Change (Mills et coll., 2015), en plus de nombreux articles publiés dernièrement dans des ouvrages consacrés à la muséologie contemporaine, n’ont de cesse de rappeler le rôle d’incubateur social que jouent les musées du vingt et unième siècle : un lieu où le public découvre, souvent pour la première fois, l’évolution et les changements des us et coutumes, des valeurs, des innovations et des technologies dans le monde qui les entoure. Au MMA, nous poursuivons cette activité non seulement pour des raisons muséologiques, mais aussi du fait de notre statut de musée affilié à une université. Cette affiliation qui nous lie à l’Université McMaster, notre institution hôte, fait notre distinction dans la région. L’Université McMaster est un incubateur de recherche pour le corps professoral et les étudiants. De plus, depuis 2010, elle s’efforce d’intégrer la communauté universitaire – par diverses contributions des étudiants, des professeurs et de son personnel – au grand public hors de ses murs. Cette approche permet à l’Université de s’inscrire pleinement dans le vingt et unième siècle, et le MMA participe activement à cet objectif et à cette transition.

Mise à nu : une exploration de l’histoire matérielle de la peinture est l’un des nombreux projets d’exposition fédérateurs conçus et réalisés par le MMA depuis 2006. Le MMA – en tant que musée de beaux-arts – a collaboré avec des chercheurs du corps professoral et des étudiants issus de plusieurs disciplines, notamment des facultés de psychologie, neuroscience et comportement; de médecine familiale; de physique et astronomie; d’arts visuels; d’études anglaises et culturelles; d’études théâtrales et cinématographiques; et de lettres classiques, pour mettre sur pied des expositions où la recherche rejoint le domaine de la culture visuelle. Mise à nu conjugue ainsi les recherches savantes de la radiologie appliquée, de l’anthropologie, de l’histoire de l’art, du génie biomédical, ainsi que les connaissances de restaurateurs, de scientifiques en conservation, d’historiens de l’art judiciaires, de conservateurs et de scientifiques pour examiner neuf tableaux de la collection du Musée.

Les essais publiés dans cet ouvrage offrent, pour la plupart, un survol de l’histoire et des pratiques d’une discipline en lien avec son application dans le contexte muséal, ainsi qu’une analyse des découvertes effectuées dans le cadre du projet du MMA. Le texte d’introduction de Nenagh Hathaway et Brandi Lee MacDonald présente les participants associés au projet et leurs rôles. L’essai de Dickey sur le connoisseurship définit ce terme – ce qu’il signifie et ce qu’il implique – et explique comment il « a contribué à la professionnalisation du marché de l’art et à la perception de l’histoire de l’art comme discipline distincte de la pratique artistique ». L’essai de Gianfranco Pocobene sur les questions de restauration et d’état de conservation, ainsi que celui d’Alison Murray sur la science de la conservation, décrivent l’histoire, les faits et les pratiques de conservation muséale, de même que leur apport à la restauration et à la préservation du patrimoine culturel, ainsi qu’à l’obtention d’information à partir des objets matériels. L’essai de Nenagh Hathaway sur l’histoire de l’art technique présente les différentes méthodes et types d’examens auxquels ont été soumis les objets faisant partie du projet du MMA, dont la microscopie, la réflectographie infrarouge, la radiographie et la fluorescence X. Brandi Lee MacDonald signe un texte sur l’histoire des pigments et sur les découvertes auxquelles ont menées les analyses de pigments au MMA qui nous en dit long sur l’évolution des pratiques artistiques. L’essai de Fiona McNeill sur l’imagerie fait un survol des méthodes dont on dispose et, pour le projet du MMA, de ce que les examens aux rayons X et aux neutrons ont révélé. Ihor Holubizky vient conclure l’ouvrage avec un essai qui s’intéresse aux possibilités et aux limites de ces examens, ainsi qu’à l’apport de la science au musée d’art et à ses collections. Comme le remarque l’auteur à la fin de son essai : « Le geste créateur nous échappera toujours, et toute tentative de le saisir au moyen de descriptions et de termes analytiques repose sur la force de persuasion de l’érudition. De même, la science ne peut pas “défaire” et révéler le geste – le moment de création – ni inverser la flèche du temps. Si le geste et les élans de création du passé ne peuvent être entièrement connus ou retrouvés, le moteur actif de la curiosité – et la compréhension de nos limites (celles de l’œil) – maintiennent l’art en vie. » La postface de Ron Spronk, « Disciplines en mouvement », se penche sur le changement de dynamique qu’entraîne la pratique interdisciplinaire au sein des musées, notamment en ce qui a trait aux rôles du restaurateur et du conservateur. Son essai montre comment les musées d’aujourd’hui mobilisent à la fois l’art et la science pour en savoir davantage sur les œuvres.

Mise à nu a vu le jour grâce aux recherches de Brandi Lee MacDonald, doctorante à l’Université McMaster, dont les démarches ont graduellement mené à un projet interdisciplinaire d’une grande profondeur englobant le travail de chercheurs du monde entier. Ce « projet » se définit et se présente plus précisément comme un corpus de recherche, une exposition, une publication, un site Web, une série d’événements publics, ainsi qu’une exposition itinérante. Je tiens à remercier de nombreuses personnes. D’abord et avant tout Brandi Lee MacDonald, car sans sa recherche initiale dans les collections numismatiques du MMA, ce projet n’aurait jamais pris son envol. Deuxièmement, Fiona McNeill, vice-présidente associée à la recherche à l’Université McMaster, qui a permis à l’équipe d’avoir accès à de l’équipement d’essai sur le campus et qui a entièrement financé les premières étapes de la recherche. Mille mercis au Programme d’aide aux musées, volet Accès au patrimoine, du ministère du Patrimoine canadien, qui a entièrement financé l’exposition, la publication, les événements publics et la mise en circulation de l’exposition. Nous sommes éternellement reconnaissants à Ron Spronk, qui a offert généreusement son temps et son expertise, et qui nous a présentés à ses contacts de par le monde, ainsi qu’à ses nombreux collègues fantastiques de l’Université Queen’s – Nenagh Hathaway, Stephanie Dickey et Alison Murray.

J’aimerais aussi profiter de l’occasion pour remercier les collègues suivants des États-Unis, qui ont participé à divers aspects liés à la recherche, au développement et à la réalisation du projet : Phoebe Dent Weil (Northern Light Studio), Gianfranco Pocobene (Musée Isabella Stewart Gardiner), Don H. Johnson (Université Rice) ainsi que notre collègue européen Peter Klein (Université de Hambourg); et au Canada, Joanne O’Meara (Université de Guelph), Ajesh Singh et Sandra Charbonneau (Mohawk College, Hamilton), Joshua Vandersteldt (Nray Services Inc., Hamilton) ainsi que Jim Britten, Victoria Jarvis, Elstan Desouza, Mike Noseworthy et Evan McNabb (Université McMaster).

Je tiens aussi à remercier les personnes suivantes pour leur contribution essentielle : Kyle Kuchmey (site Web), Rob Gray (publications et textes didactiques), Joan Padgett (révision anglaise), Nathalie de Blois (traduction française) et Matt Walker (mobilier d’exposition).

Nous sommes heureux que l’exposition soit présentée à Edmonton, à Thunder Bay et à Kingston. Mille mercis aux collègues de nos institutions sœurs, Catherine Crowston, Sharon Godwin, Nadia Kurd et Jan Allen, de soutenir ce projet sous sa forme itinérante.

Enfin, comme toujours, nous tenons à exprimer notre reconnaissance au Conseil des arts de l’Ontario, à l’Université McMaster, à Judith Harris et Tony Woolfson, ainsi qu’à nos amis et à nos membres, grâce à qui la programmation annuelle du MMA est possible.

Carol Podedworny