Sans titre, portrait d’un homme

Sans titre, portrait d’un homme

Jan Gossaert, appelé Mabuse (Néerlandais, vers 1478-1532)

Sans titre, portrait d’un homme, v. 1520

Huile sur panneau de chêne

40,6 x 30 cm

Achat, legs Levy, 1994

 

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Provenance

Sir F. J. Charles Robinson, Angleterre

Frederick R. Cook, Richmond, Angleterre

Sir Herbert Cook, Doughty House, Richmond, Angleterre

Thos. Agnew & Sons, Londres

  1. G. van Beuningen, Vierhouten, Pays-Bas, vers 1940
  2. V. Thaw & Co., Inc., New York

Peter J. Sharp, New York

McMaster Museum of Art, achat de Sotheby’s, New York, par l’entremise de Thomas et Brenda Brod, 1994

 

Historique des expositions

National Exhibition of Works of Art, Leeds, Angleterre, 1868, no 555 (en tant qu’œuvre de Holbein)

Holbein Ausstellung, Der Zwinger, Dresde, Allemagne, 15 août – 15 octobre 1871 (en tant que Portrait d’Antonio Fugger de Holbein, no 282)

Exhibition of Works by the Old Masters, and by Deceased Masters of the British School, including a Special Collection of Work by Holbein and His School, Royal Academy of Arts, Londres, 5 janvier – 13 mars 1880 (en tant que Portrait d’Antonio Fugger de Holbein, no 190)

The New Gallery, Londres, 1898, no 111

Exhibition of Flemish and Belgian Art, 1300–1600, Royal Academy of Arts, London, England, 8 janvier – 5 mars 1927 (attribué à Mabuse, no 196)

Het Portret in de Oude Nederlanden, Stedelijk Museum, Bruges, Belgique, juin – août 1956, ill., no 34

Jan Gossaert genaand Mabuse, Museum Boijmans Van Beuningen, Rotterdam, Pays-Bas, 15 mai – 27 juin 1965, ill. p. 200, no 34

Jan Gossaert genaand Mabuse, Groeninge Museum, Bruges, Belgique, 10 juillet – 31 août 1965, ill. p. 200, no 34

Levy Bequest Purchases, McMaster Museum of Art, salle Tomlinson, 6 juin – 21 octobre 1994

Enduring Influences, McMaster Museum of Art, salle Togo Salmon, 5 avril – 11 juin 1995

The Levy Legacy, McMaster Museum of Art, salle Tomlinson, 1er septembre – 3 novembre 1996

Levy Series, Northern Art in the Age of Cock, Durer, Rubens & Rembrandt, McMaster Museum of Art, salle Levy, 10 mai – 25 août 2007

Light Echo: Dianne Bos and Doug Welch, McMaster Museum of Art, salle Panabaker, 17 septembre – 31 octobre 2009

 

Provenance

Levy Bequest Purchase, Sotheby’s, NY; Thomas and Brenda Brod; Peter J. Sharp, NY; E. V. Thaw & Co., NY; D. G. van Beuningen, Vierhouten, the Netherlands by 1940; Thos. Agnew & Sons, London, England; Sir Herbert Cook, Doughty House, Richmond, England; Frederick R. Cook, Richmond, England; Sir F. J. Charles Robinson, England; McMaster Museum of Art

Dans ce portrait saisissant, un homme coiffé d’un chapeau noir assis devant un cadre en trompe-l’œil fixe le spectateur du regard (fig. X). Il tient un livre dans sa main droite, dont il marque une page avec son index et avec le rabat de la couverture. Juste au-dessus du livre, la lumière se reflète sur la poignée ou la garde d’un objet argenté. Les manches échancrées de la chemise du modèle, dont l’identité est inconnue, laissent entrevoir un sous-vêtement rouge qui apporte une touche de couleur à son costume sombre. Ce portrait nous est parvenu dans ses dimensions et son format originels, mais il a perdu son cadre initial[i]. Il a été acquis par le McMaster Museum of Art en tant qu’œuvre de Jan Gossaert, un artiste flamand célèbre pour ses portraits ainsi que pour ses scènes religieuses et mythologiques. Toutefois, cette attribution a été remise en question, et des analyses techniques, surtout la réflectographie à l’infrarouge (IRR), ont permis d’élucider la question[ii].

En effet, l’IRRa révélé la présence d’un important dessin sous-jacent, réalisé en au moins deux étapes distinctes (fig. X). Un arc en plein cintre a d’abord été esquissé derrière l’homme à l’aide d’un médium liquide et d’un pinceau relativement large, mais cet élément a été abandonné. Le tracé du modèle a été exécuté à l’aide d’un médium sec. Des ajustements ont été apportés à sa silhouette, par exemple à la courbe de son épaule droite ainsi qu’à la forme de son col et de son chapeau. De telles modifications suggèrent que l’artiste ne réalisait pas une copie d’une composition existante, mais plutôt qu’il explorait différentes façons de cadrer et de présenter son sujet. Ces transformations témoignent du processus créatif en cours. Une partie du dessin sous-jacent, toutefois, n’a pas la même fraîcheur que ces parties modifiées : le visage est traité avec plus de précision au moyen des fines hachures parallèles qui marquent les zones d’ombre (fig. H). Cette distinction pourrait suggérer que l’artiste travaillait à partir d’une étude du visage du modèle. Un dessin comportant ses traits essentiels a pu être utilisé plus tard pour réaliser le tableau en atelier. L’absence de modifications importantes au visage et le dessin sous-jacent exécuté d’une main sûre corroborent cette hypothèse.

De nombreux portraits attribués à Gossaert présentent des caractéristiques similaires à celui du McMaster Museum, comme le faux cadre et la vue de trois quarts. Toutefois, après avoir étudié le dessin sous-jacent, Maryan Ainsworth a réfuté l’attribution de ce portrait à Gossaert[iii]. Elle avance que l’artiste n’employait pas de hachures parallèles pour représenter les visages dans ses dessins de fond (fig. H). Elle prend également l’exécution relativement médiocre des mains du sujet pour preuve que Gossaert n’a pas réalisé le tableau du McMaster Museum[iv]. Il se peut que ce portrait ait été produit par un assistant ou un compagnon de l’atelier de Gossaert. La quantité de copies réalisées d’après de plus petites œuvres de ce dernier permet d’émettre l’hypothèse qu’il a effectivement fondé un atelier afin de répondre à la demande pour ses tableaux, ce qui était pratique courante aux quinzième et seizième siècles[v].

Ainsworth attribue provisoirement ce portrait au Maître de l’Adoration de Lille[vi]. Cette proposition est discutable du fait que le style des dessins sous-jacents connus de ce dernier ne correspond pas à celui de l’œuvre du McMaster Museum. En outre, aucun portrait n’est attribué hors de tout doute à la main du Maître de l’Adoration de Lille. Sans pouvoir s’appuyer sur une solide base d’œuvres comparables, il est impossible d’attribuer de manière définitive le tableau du McMaster Museum au Maître de l’Adoration de Lille[vii]. Si, par contre, l’attribution d’Ainsworth s’avérait juste, le portrait du McMaster Museum serait d’une importance capitale pour les recherches futures sur les œuvres de Gossaert, surtout sur ses portraits.


[i] Comme ce tableau, un grand nombre d’œuvres de cette période étaient réalisées sur un support déjà encadré. Bien que le cadre original de ce portrait du McMaster Museum ait disparu, les dimensions actuelles sont d’origine, car le panneau conserve ses bords extérieurs non peints (là où se trouvait le cadre) et sa barbe sur ses quatre côtés. La barbe s’est formée lors de l’application de la couche de protection sur les bords, à la jonction du panneau et du cadre. Même lorsque le cadre original est enlevé, la barbe et les bords non peints demeurent intacts tant que le panneau n’est pas rogné.

[ii] Pour plus d’information, voir le texte sur la réflectographie à l’infrarouge et les dessins sous-jacents dans le présent ouvrage.

[iii] Ainsworth classe ce portrait, ainsi que d’autres, dans la catégorie « précédemment attribués à Gossaert », dans Maryan W. Ainsworth (dir.), Man, Myth, and Sensual Pleasures: Jan Gossaert’s Renaissance, New Haven (Conn.),Yale University Press, 2010, p. 306.

[iv] Ainsworth mentionne spécifiquement le rendu du pouce du sujet comme une zone d’habileté technique moindre. (Ainsworth, Man, Myth, p. 79.) L’apparence quelque peu malhabile du pouce pourrait toutefois découler du fait que sa position a changé en cours d’exécution.

[v] Jacqueline Folie, « Gossaert, Jan », Grove Art Online. Oxford Art Online, Oxford University Press, [en ligne]. [http://www.oxfordartonline.com.proxy.queensu.ca/subscriber/article/grove/art/T033403] (Consulté le 18 octobre 2014.)

[vi] Ainsworth, Man, Myth, p. 79. Le Maître de l’Adoration de Lille est un artiste dont l’œuvre a été précédemment attribuée à Dirck Vellert, un artiste populaire parmi ses contemporains pour ses vitraux. Voir Ellen Konowitz, « Dirck Vellert and the Master of the Lille Adoration: Some Antwerp Mannerist Paintings Reconsidered », Oud Holland, vol. 109, no 4 (1995), p. 177-190.

[vii] Ellen Konowitz partage elle aussi cette opinion. Ellen Konowitz, courriel à l’auteure, le 27 août 2014.