La documentation d’un tableau à l’aide d’un film radiographique à haute résolution permet de révéler en détail la toile lui servant de support et de rendre visible chacun de ses fils. La radiographie ne détecte pas la toile elle-même, qui est transparente aux rayons X. Toutefois, elle détecte la couche de préparation (surface plus lisse sur laquelle la peinture est appliquée) qui pénètre dans la trame de la toile. Grâce aux propriétés d’absorption de l’apprêt, la radiographie peut fournir une image précise de la toile.

Au milieu du vingtième siècle, les historiens de l’art ont cherché à caractériser les toiles en mesurant manuellement la densité des fils verticaux et horizontaux (contexture) visibles sur les radiographies. Ils souhaitaient utiliser ces données pour déterminer si les supports de deux tableaux distincts provenaient d’un même rouleau de toile. À l’époque de Van Gogh, on pouvait acheter des toiles déjà préparées. Comme celles-ci étaient parfois taillées dans une seule pièce de tissu, il était possible d’établir des corrélations entre des tableaux dont les supports venaient du même rouleau. Toutefois, la prise de mesures manuelles demandait énormément de temps et donnait seulement des densités moyennes, car les données n’étaient recueillies qu’à quelques endroits de la surface. Ces moyennes ne permettaient donc pas d’établir avec précision si les toiles provenaient d’un même rouleau.

L’avènement des technologies informatiques a permis de numériser les radiographies et d’utiliser des algorithmes de traitement des signaux pour connaître la densité des fils verticaux et horizontaux sur toute la surface des tableaux. Se basant sur la régularité des fils, l’algorithme calcule leur spectre spatial, ce qui permet d’obtenir une mesure claire de la régularité de la trame en termes de fils par centimètre. Après avoir appliqué le procédé à des toiles de Van Gogh et de nombreux autres artistes, on a découvert que la densité de la trame varie en fonction des différentes techniques de tissage. Dans le cas de l’œuvre de Van Gogh conservée au McMaster Museum, les fils verticaux correspondent aux fils verticaux du métier à tisser. La densité du tissage offre également une base plus solide pour déterminer si des toiles proviennent d’un même rouleau. Un grand nombre de toiles dans l’œuvre de Van Gogh peuvent être appariées. Les recherches ont permis d’identifier plus d’une quarantaine de groupes, dont certains comptent plus de cinquante tableaux, ce qui indique que Van Gogh a utilisé plusieurs rouleaux provenant d’un même lot. Aucune œuvre connue à ce jour n’est issue du même rouleau que le tableau du McMaster Museum.