Lorsqu’il est question d’analyse technique des œuvres d’art, il est important de faire la distinction entre les méthodes invasives et non invasives. Dans la mesure du possible, les analyses techniques s’en tiennent aux méthodes non invasives, notamment la fluorescence UV, la réflectographie à l’infrarouge et l’imagerie par transformation de la réflectance, qui ne nécessitent aucun prélèvement de matière sur l’objet. Toutefois, lorsque les méthodes non invasives ne permettent pas de répondre à certaines questions essentielles, il est parfois nécessaire de prélever de minuscules échantillons d’une œuvre d’art, par exemple, pour identifier un matériau spécifique. Les méthodes d’analyse invasives, aujourd’hui communément appelées « micro-destructives », comprennent la diffraction des rayons X et la spectroscopie infrarouge. On peut également réaliser des coupes transversales, notamment lorsque les restaurateurs ont besoin d’informations plus précises au sujet de la stratigraphie des couches picturales d’un tableau en vue d’un traitement. Avant de procéder à une analyse micro-destructive, les chercheurs doivent évaluer soigneusement l’emplacement et les raisons de chaque prélèvement, et discuter de ces questions avec des conservateurs de musée. En raison de la mine d’information que représentent ces méthodes invasives, mais micro-destructives, on les juge acceptables malgré la légère perte causée, pourvu qu’elles s’inscrivent dans un cadre de recherche approprié.

Dans la conférence qu’il a livrée à l’occasion de la Forbes Prize Lecture, en 1998, Ashok Roy, directeur des collections de la National Gallery à Londres, déclarait que la coupe transversale prélevée sur le tableau du Titien, Bacchus et Ariane, conservé à la National Gallery, correspondait à environ 0,000 000 2 % de la surface du tableau. Selon lui, la coupe transversale est un excellent moyen d’étudier des tableaux qui sont souvent de « complexes structures multicouches […] aux compositions chimiques particulièrement compliquées ». Les résultats des coupes transversales sont plus éclairants que ceux de nombreuses autres méthodes non destructives accessibles dans le domaine du patrimoine culturel. Chaque technique a ses avantages et ses inconvénients. Il est souvent utile de recourir à plusieurs techniques afin de trouver les « pièces du casse-tête » nécessaires pour avoir une vue d’ensemble. Peu importe la technique employée, la sécurité de toute œuvre d’art passe avant tout.