Sans titre (Nature morte avec pot à gingembre et oignons)

Sans titre (Nature morte avec pot à gingembre et oignons)

Vincent van Gogh (Néerlandais, 1853-1890)

Sans titre (Nature morte avec pot à gingembre et oignons), 1885

Huile sur toile

34,5 x 49,5 cm

Don de Herman Levy Esq., O.B.E., 1984

 

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Provenance

Lucretia Buijsman (devenue plus tard Mme G. W. van Dyk-Buysman) de Nuenen, Pays-Bas

Collection privée, Paris (selon Faille 1970, p. 79)

Collection privée, Grande-Bretagne (selon Hulsker 1977/1980, p. 204)

Herman Levy Esq., O.B.E., achat de Marlborough Fine Art Ltd., Londres, mai 1959

 

 

Historique des expositions

XIX and XX Century European Masters, Marlborough, Londres, été 1958, ill. p. 98, no 73

The Herman H. Levy Collection, McMaster Museum of Art, salle Togo Salmon, 11 juin 1994 – 9 novembre 2006

Great Masters Series: Vincent van Gogh, Musée des beaux-arts de Hamilton, 28 mai – 23 septembre 2006

Synesthesia: Art and the Mind, McMaster Museum of Art, salle Tomlinson, 18 septembre – 20 décembre 2008

Oil Cloth Lunch, and other reasons to be cheerful, McMaster Museum of Art, salle ?, 12 mars – 14 août 2010

The World is An Apple: The Still Lifes of Paul Cézanne, Musée des beaux-arts de Hamilton, 1er novembre 2014 – 8 février 2015

L’intérêt soutenu des chercheurs et la tendance persistante de la culture populaire à mythifier, à honorer et à s’approprier l’art moderne et contemporain (avec le mercantilisme et la concurrence commerciale qui en découlent) incitent à prêter une attention particulière à toute œuvre réalisée par Vincent van Gogh au cours de sa brève période de maturité, étudiée en profondeur, qui s’étend du début de 1884 – alors qu’il s’installe successivement à Neunen, puis à Paris, à Arles[i] et à Auvers-sur-Oise (situé à vingt-sept kilomètres de Paris) – jusqu’à son présumé suicide, le 27 ou 28 juillet 1890, à l’âge de trente-sept ans[ii]. Comme le souligne le spécialiste Tsukasa Kōdera : « Van Gogh a joué de nombreux rôles – génie incompris, peintre maudit, paradigme de l’artiste moderne, saint, martyr, incarnation de l’amour fraternel, homme de feu, homme de chair et de sang […], mais en fait, aucune étude sur l’artiste ne parvient à faire complètement abstraction du mythe. Il n’y a pas de métadiscours[iii].

L’œuvre de la collection du McMaster Museum a été réalisée à Neunen, un petit village des Pays-Bas (situé à dix kilomètres à l’est d’Eindhoven) où vivaient alors les parents de Van Gogh. L’artiste s’y est installé en décembre 1883[iv]. Cet épisode, au cours duquel il a pu se consacrer entièrement à sa peinture, est généralement admis comme sa première période de travail prolongée. Bien que Van Gogh s’intéressât vivement aux théories de la couleur, les œuvres qu’il y a peintes se caractérisent par une palette plus sombre[v]. Elles se distinguent également du fait de son « immersion » dans des thématiques rurales et humbles : des paysages de Neunen et des environs, des portraits de paysans ou des scènes de travail aux champs, de même qu’un grand nombre de natures mortes[vi].

Le tableau Les mangeurs de pommes de terre, réalisé en avril et mai 1885, est considéré comme la première œuvre majeure de Van Gogh. Au cours de cet été-là, ses principaux sujets étaient des paysans. En septembre et octobre, Van Gogh n’a peint que des natures mortes : vingt-trois œuvres, dont le tableau de la collection du McMaster Museum, daté de septembre 1885, qui se rapproche de la pièce Sans titre (Nature morte avec pot à gingembre et fruits)[vii].

L’analyse de la nature morte du McMaster Museum dans le cadre de cette exposition a permis d’étudier un aspect encore inexploré de l’œuvre, à savoir la présence d’un autre tableau sous la surface. Les données d’imagerie collectées tendent à soutenir cette hypothèse (fig. x et x), mais ne nous permettent pas d’établir la nature exacte de la représentation. En 2005, le musée Van Gogh à Amsterdam a entrepris un projet de recherche et d’étude approfondi, qui confirme que l’artiste recyclait ses toiles pour des raisons financières et par nécessité de créer de nouvelles œuvres, une pratique qu’il a débutée à Neunen[viii]. Dix natures mortes réalisées en septembre et octobre 1885 – datation à laquelle correspond le tableau de la collection du McMaster Museum – ont été analysées, et dans neuf des cas, on a pu observer des compositions sous-jacentes; le dixième a été déclaré « sujet inconnu (fragments raclés)[ix].

La présentation des Mangeurs de pommes de terre et de cinq autres tableaux de Van Gogh créés à Neunen lors de la première rétrospective consacrée à l’artiste à Amsterdam, en 1892-1893, témoigne de l’importance de cette période au sein de son œuvre[x]. Dans leur étude sur l’artiste, les spécialistes Walther et Metzger déclarent : « L’exploit personnel de Van Gogh […] a été de libérer cette “manifestation sensible” de la nature concrète de l’objet représenté [autrement dit, de la subordination de la composition à l’“enchantement du regard” et à la “beauté”]. Naturellement, il peint des paysans, des tisserands et autres scènes de travail, mais le plus important, c’est la bouleversante simplicité de ses tableaux[xi]. »


[i] Van Gogh a séjourné à l’asile de Saint-Rémy-de-Provence, situé à 32 kilomètres d’Arles, de mai à octobre 1889, puis de nouveau en février 1990.

[ii] Pour une analyse du mythe entourant cette question, voir Griselda Pollock, « History Versus Mythology, Reading Van Gogh for Dutchness », dans Margaret Schavemaker et Rachel Esner (dir.), Vincent Everywhere, Amsterdam, Amsterdam University Press, 2010, p. 49-60.

[iii] Tsukasa Kōdera, texte d’introduction dans The Mythology of Vincent van Gogh, Philadelphie, John Benjamin Publishing Company, 1993, p. 15-16. Un des aspects de la « connaissance » de Van Gogh, comme s’il s’agissait de porter un « diagnostic de créativité », concerne les spéculations sur ses « maladies », qui sont présentées sous forme de tableau dans l’ouvrage cité (p. 341-342) – allant de diagnostics psychiatriques (comme la schizophrénie, la maniaco-dépression et les troubles comportementaux et de personnalité) aux problèmes neurologiques et somatiques (comme les maladies vénériennes, l’empoisonnement à l’alcool et les maladies oculaires).

[iv] Van Gogh a déménagé six fois entre janvier 1879 et son arrivée à Neunen, en 1883.

[v] Jan Hulsker, The Complete Van Gogh: Paintings, Drawings, Sketches, New York, H.N. Abrams, 1980, p. 121-122.

[vi] Ingo F. Walther et Rainer Metzger, « Seulement artiste désormais. La première année », Vincent Van Gogh : L’œuvre complet – peintures, traduction française par Françoise Laugier-Morun et Marie-Anne Trémeau-Böhm, vol. 1, Cologne, Taschen, 2012, p. 106-109.

[vii]Nature morte avec pot à gingembre et fruits, septembre 1885. Voir Hulsker, The Complete Van Gogh, F 104 [to correct in English. It is written 204], JH 923; ill. p. 205. Intitulée Nature morte avec pot à gingembre et fruits [in Walther et Metzger it says “et fruits” and not with “apples” (at least in the French version)] dans Walther et Metzger, « Seulement artiste désormais. La première année », p. 126. Vente Sotheby’s [New York?], 26 avril 1972; localisation actuelle inconnue. (Walther et Metzger, p. 126.)

[viii] Ella Hendriks, Luc Megens et Muriel Geldof, « Van Gogh’s Recycled Works », Van Gogh’s Studio Practice, New Haven (Conn.), Yale University Press, 2013, p. 306-329.

[ix] Ibid., p. 327.

[x] Rachel Esner, « Beyond Dutch: Van Gogh’s Early Critical Reception 1890–1915 », dans Rachel Esner et Margaret Schavemaker (dir.), Vincent Everywhere, Chicago, Chicago University Press, 2010, p. 139.

[xi] Walther et Metzger, « Révolution et Moderne », dans Vincent Van Gogh, vol. 2, p. 696.